«Les images
Je suis pris dans vos tisons.
L’os du cœur
est ma poussière
on ne refera pas la terre
d’illusion en illusion.
De l’air
le sang secoue sa crinière
mais le soir passe à l’arrière
avec ses légions d’aurochs*.
Et nous pris dans les aiguilles
qui raccommodent nos ans,
jouant de l’œil et des dents,
* « Au roc », « aurochs » (rokss) – la poésie est un chemin glissant qui mène d’un son à un autre (le poème est boulangerie), accentué, amplifié. Si le lecteur accepte cette glissade (sur les fesses ou en luge) et joue, le poète est justifié.»
- Jean Sénac, dans ses carnets, en date d’un 31 janvier. Lecture après une rencontre avec Sibylle de Maisonseul dans la maison de ses parents. Sénac présent en trame de fond.
6 JANVIER 2026
«Le peuple algérien, c’est ça la vraie bibliothèque nationale en Algérie»
- Anissa Bouayed qui paraphrase Mohamed Dib, après avoir évoqué Baya, «pétrie» dans les récits oraux et les contes kabyles.
«Pétrie», c’est une belle formule.
5 JANVIER 2026
«Amour est bien plus fort qu’oublie
bien plus frêle que souvienne
plus rare que la vague n’est vagante
plus fréquent que faillir
il est le plus fou et lunaire
et moindre il nonsera
que toute la mer seule
plus abîmée que la mer
amour est moins toujours avoir
moins jamais que vivre
moins plus grand que le moindre commence
moins plus petit que pardonne
il est le plus sain et solaire
et plus il ne peut mourir
que tout le ciel seul
plus haut que le ciel»
- Jaaaaaaaaaaaaaaaacques Brault-turbo-beau et la gratitude pour l’A passé partagé avec ﺲ - les nuages peut-être, mais au-dessus, au-delà, le soleil !
3 JANVIER 2026
Des débuts d’années comme ça, moins pour les prochaines fois svp. Il y a des choses qui ressortent, donc forcément la confrontation opère entre le thorax et l’abdomen. C’est ça être humain apparemment. Il faut alors se tourner vers Stevie, ça c’est papa qui me l’a appris. Dans une entrevue pour le Rolling Stone en 1973, à la question Are there times when you wish you could see?, M. Wonder répond «No. Sometimes I wish I could drive a car, but I’m gonna drive a car one day, so I don’t worry about that.»
That man...
Plus loin il dit :
You’ve actually said that you considered your blindness to be a gift from God.
«Being blind, you don’t judge books by their covers; you go through things that are relatively insignificant, and you pick out things that are more important.»
Les perspectives, eh ouais.
Et puis : «I used to live on a street called Breckinridge. They just tore my house down. I wish I could’ve gotten a few pictures of it, too…but…»
Je le savais !!
Il y a eu un focus de Stevie sur NTS le 19 décembre dernier. Je l’écoute aujourd’hui pour calmer le diaphragme.
Ça marche à tout coup. Merci Stevie.
2 JANVIER 2026
Un hadith : Selon Abou Moussa (RA), le Prophète (SAWS) a dit « L'exemple du coeur est comme celui d'une plume que les vents font tourner dans un désert ».
عن أبي موسى رضي الله عنه قال رسول الله صلى الله عليه وسلم : مثل القلب مثل الريشة تقلبها الرياح بفلاة
Alors, يَا مُقَلِّبَ القُلُوبِ ثَبِّت قَلْبِي عَلَى دِينِكَ
25 DÉCEMBRE 2025
«Brusquement ça casse
et doucement
ça chante
la barre de l’aube apparaît comme une main-courante
de chaleur
mon visage à la fenêtre se dégivre
affranchi soudain de moi-même
je me retrouve
oiseau-épouvantail
[...]
Et tombe la neige. Il n’y a plus sous tant de ciel blanchi aucun geste de branches ouvertes ou tendrement qui retombent. Il n’y a plus de bras en croix qui se détachent sur un bleuté d’opaline; bras piégeurs d’ombres et de lumières, mais non pas d’oiseaux qui rafistolaient l’espace déchiré puis se posant parfois sur ces bras osseux en faisaient pousser des harpes de feuilles sonores.
Tombe la neige. Pays de blancheur étale. Peuple enfariné.
Je songeais sous l’obscur de la nuit endormie. «Est-ce que nous sommes des souvenirs nous aussi?» Quelques formes, vaguement, d’arbres épineux ou feuillus, guettaient le prochain tournant de l’été. Je songeais que ce peuple va mourir, se meurt, est mort. Quel épieu planté jusqu’à la moelle de la terre va tenir debout une fois passée l’épouvante? Sur le tranchant de l’horizon: rien. Nulle réponse. Cette nuit est soyeuse et pulpeuse comme les lèvres d’une blessure ouverte. Vers quel pays déraillé ces hommes de paille vont-ils s’envoler en exil? Où êtes-vous déjà en allés, mes amis contristés, mes frères de liberté-tournesol?
Et soudain la nuit se défit. Avant bien des années plus tard, comme maintenant où j’écris. Et vous me faites signe d’un soleil bref, frères presque humains. Et vous éveillant vous bâillez sous tant de ciel pour donner rire aux oiseaux. Je vous aime, morts-vivants. Je vous aime de plus loin que mon enfance; je vous retrace, citadins aux champs d’insouciance.»
- Les hommes de pa ille, Jacques dans Jour et Nuit, le remerciant pour ses mots-tendresse, adjoint au sens du monde depuis déjà 10 ans, Lah yarhmo.
11 DÉCEMBRE 2025
«[...] Je ne sais pas, j’ai l’impression que cet attachement à la nostalgie... comment dire? On s’attache à la nostalgie comme si elle allait nous sauver des regrets.»
- Imrane Zahrani, dans une entrevue avec Rahma Drissi
5 DÉCEMBRE 2025
Un tweet - je sais pas comment on appelle ça maintenant...un x (?), ça sonne mal - m’a introduit à ce site internet très chouette : https://readsomethingwonderful.com. J’écoutais l’album Therapy du Brian Eder Ensemble en lisant un texte sur la Clock of the Long Now. Très airy comme vibe, mais un peu eerie quand on se dit que c’est Bezos qui finance l’initiative. Je sais pas trop quoi faire de tous ça. Juste avant je lisais un article de Bob Black, un anarchiste, qui revendiquait l’abolition du travail. Il dit :
«No one should ever work.
Work is the source of nearly all the misery in the world. Almost any evil you’d care to name comes from working or from living in a world designed for work. In order to stop suffering, we have to stop working.
That doesn’t mean we have to stop doing things. It does mean creating a new way of life based on play; in other words, a ludic revolution. By “play” I mean also festivity, creativity, conviviality, commensality, and maybe even art. There is more to play than child’s play, as worthy as that is. I call for a collective adventure in generalized joy and freely interdependent exuberance. »
C’est drôle. J’aime. Il finit son essai avec une analogie bizarre sur le sexe, par contre. Mais se reprend avec la géniale «Workers of the world… relax!»
La recherche ludique financée par les milliardaires et les prolétaires qui ne peuvent pas s’amuser.
Y’a la version anglaise de la pièce de théâtre «Non Si Paga! Non Si Paga!» de Dario Fo qui traîne sur mon bureau depuis trois semaines. A Political Farce. Toute est dans toute. J’y viens.
4 DÉCEMBRE 2025
The Lion and the Cobra : Sinéad O’Connor, début vingtaine, qui enregistre, un bébé dans le corps, un des albums les plus complets ever. Corde à sauter pour laisser les poignets crier. Lah yarhamha.
3 DÉCEMBRE 2025
«Du peintre
Approfondir de plus en plus son métier. Remettre en jeu à tous les coups ce pouvoir magnifique qu’on a de disposer de couleurs inertes. Et les mêler, presser, malaxer, disposer sur la surface pour exprimer le dessin, son dessin pris dans la réalité. Cruelle tentative attirante, infinie comme le temps même. Inséparable, chaque œuvre étant une chute plus profonde, un mur qui s’élèverait au fur et à mesure qu’on le franchirait. Et les œuvres innombrables s’entassent dans la foi A B C D E F G, affichées quelquefois, exclues, reprises, vivantes, toujours vivantes de ce bassement infini signe de temps inséparable. Nées de quelques couleurs, de beaucoup de patience, d’une volonté inflexible, d’un cœur inestimable et d’une modestie mortelle. Avec la seule joie approximative de faire dans le devenir inévitable et des amis.
Sauveur
Stockholm, janvier 1952 de neige, beaucoup de neige. »
- Correspondance de Galliéro à Sénac (au dos d’une carte envoyée de Suède), Bibliothèque nationale d’Algérie
25 NOVEMBRE 2025
Dans un épisode de Self Soothe with Margeaux, j’ai entendu la chanson Duvet de Laurie Torres. Son album Après coup est en boucle depuis une semaine, pour finalement la googler et réaliser qu’elle est montréalaise.
23 NOVEMBRE 2025
«Vestiges - ces intailles tombées en poussières…
Depuis longtemps,
nos corps guettent un répit. Un clignement pour se glisser en silence au milieu du campement. S’abriter.
Célébrations…
Tu imagines des retrouvailles au pied d’un arc-en-ciel. Comment reprendre un dialogue amoureux à la césure même ? Révéler le fond de son âme. Taire les questions pour ne pas rouvrir des blessures. Ouvrir les bras. Il y aura à boire et à manger pour tous les convives, de la musique et des feux sur les toits pour signaler le festin.
Ton désir incline le regard. Comme une hésitation…
Des images vives pour tenir compagnie.
Un attirail de bazar.»
- Habib Tengour, Césure III
20 NOVEMBRE 2025
«Par défaut [la pratique curatoriale] devient politique à cause du regard que les gens portent sur vous. Moi je ne cherche pas à être une militante. [...] Mais je pense que le contexte dans lequel on évolue vous oblige à vous positionner. On ne peut pas avancer avec des œillères dans un monde de bisounours.«
- N’Goné Fall, dans une discussion sur la curation avec Dominique Fontaine et Nadine Hounkpatin, lors du symposium RAN organisé par Nigra Iuventa
«Pour ne pas être décalé, il faut savoir se positionner»
- Magic System, Un gaou à Oran
19 NOVEMBRE 2025
«HUO: What's exciting about the book [The Earth, the Fire, the Water, and the Winds], for me, is that it made me think a lot about curating - it's like being the curator of an exhibition because, when you create an exhibition, you choose different works, you put them in relation to each other. That's what you're doing, like a curator of poetry. It's a book that you can browse in any direction.
EG: Yes the reader is free. And this freedom produces chance, produces the unexpected-
HUO: It's a way of experimenting—
EG: It's experimentation and creation. And they cohere, sing in unison. It's a collection in the literal sense of the term colliger, to assemble, to bring closer - as you say, to curate. I'm happy to find that were colleagues now.
HUO: The problem, in French, is that the word for curating, commissariat, uses police vocabulary. It's terrible, it implies a strict order. We need a neologism, what should it be? I've thought about it a lot: we need a word like "globality », so much stronger than globalization and more urgent. "Curating" isn't quite right, commissariat in French isn't quite right. We need to find a neologism.
EG: Okay, we'll find one. I promise we'll find one.
HUO: Because in curating, chance is so fundamental. There's no controlled master plan, quite the contrary.
EG: Yes and I think people like the anthology because it's not just a collection, it's more of an upheaval. It's constantly changing.
HUO: Curating should be an upheaval. Your anthology is not illustrative.
EG: No, it's not illustrative. Its pieces are interdependent, and it allows you to discover things, like a fragment by Heraclitus that says: "The earth is rooted in the water." And in a Maya poem: "Arm me with water so that I can be the fire of the earth." And Bachelard: "The true eye of the earth is water." 2,300 years between the first and the last, […]. »
- Exrait d’entrevue entre Édouard Glissant et Hans Ulrich Obrist, The archipelago conversations
18 NOVEMBRE 2025
«La critique comme une archive du sensible. C’est ce qui tente de résister à la brutalisation du langage.»
- Chris Cyrille, mini riquiqui paraphrasé, pendant son atelier Critique d’art : déconstruire, contextualiser, réinventer, lors du symposium RAN organisé par Nigra Iuventa
17 NOVEMBRE 2025
«Arthur: “A lot of people weren’t there to see me, they were just there to have dinner. So I used to tell jokes to liven things up. Sometimes it wasn’t too funny but it would really pick up when I got drunk. I had one song called The Ballad of the Lights — Part 3 and, in the middle of the song, I would say ‘Wait a minute’ and I go off stage and change into a pair of overalls. That used to go down well. I think comedy is the highest form of art.”
[...]
Arthur: "At school the courses I liked most were the linguistics courses. The professors spoke so many languages and were so articulate. They fought these fierce battles among themselves.
"I remember one day saying to one of the professors: 'Don't you think it matters what it is you're trying to say' He replied 'That's the tritest thing I've ever heard.' But I wasn't sorry I said it. It seems to me that what you mean informs a change in the structure of language. The intention of communication is the formative force in language."
What Russell is getting at is that linguistics is more interested in establishing the structure of language that makes speech possible rather than investigating what people actually say.
Russell, on the other hand, sees language in terms of a practice rather than an object as a movement in time rather than an object in space. Since music is a language, the same thing applies. Hence Russell's interest in the vernacular music(the way people actually speak music whether it's through folk or the dancefloor) rather than the formal rules of making music that classical music is taken up with.»
- Arthur Russell, un de mes préférés, une entrevue dans Melody Maker, 11 avril 1987
16 NOVEMBRE 2025
«[...]
I am raging with garden-of-tranquility visitors
and guards I burn because I don’t know how
to heave myself over the hedge what am I to
do with a weak mirror in a garden within a garden.
And me - dug out to make the view from
the country house look more attractive
to the pale shape lingering at the
window - I lie holding my breath
to give the impression of unobstructed
depths. And I lie there. Roll
myself in a sigh in the earth that brings
forth squirming life. My sigh?
Look, the worms are already nourishing
the soil. But who thinks of life
beside a hole in the shape of this ‘I’.»
- Ha-ha, un poème de Maria Barnas
hihi⭣
14 NOVEMBRE 2905
«Confusion is a gift from God. Those times when you feel most desperate for a solution, sit. Wait. The information will become clear. The confusion is there to guide you. Seek detachment and become the producer of your life.»
- RZA, The Tao of Wu
10 NOVEMBRE 2025
«Ce besoin de reconstituer une identité à partir des réfractions et discontinuités de l'exil est perceptible dans les premiers poèmes de Mahmoud Darwich, dont l'œuvre considérable révèle son effort épique de transformer la poésie de la perte en un drame indéfiniment ajourné, celui du retour. Il exprime ainsi ce sentiment d'apatridie sous la forme d'une liste de choses inachevées, incomplètes :
Mais je suis l'exilé.
Prends-moi sous tes yeux
Où que tu sois, prends-moi
Rends-moi la couleur du visage et du corps
La lumière du cœur et des yeux
Le sel du pain et de la mélodie
Rends-moi le goût de la terre et de la patrie !
Prends-moi sous tes yeux
Prends-moi comme une peinture dans la chaumière des soupirs
Prends-moi comme un verset dans le livre de ma tragédie
Prends-moi comme un jouet, une pierre de la maison
Afin que la génération future
Sache reconnaître
Le chemin de la maison!
Le pathos de l'exil réside dans la perte de contact avec la solidité et la satisfaction terrestres : le retour chez soi est inconcevable.
"Amy Foster", le récit de Joseph Conrad, est peut-être la représentation de l'exil la plus absolue qui ait jamais été écrite. Conrad se considérait comme un exilé polonais, et presque toute son œuvre (de même que sa vie) est indubitablement marquée par la délicate obsession de l'émigré quant à son propre destin, et à ses tentatives désespérées d'établir un contact épanouissant avec un nouvel environnement. "Amy Foster", en un sens, se limite aux problèmes de l'exil, tant et si bien qu'elle n'est pas parmi les histoires les plus connues de Conrad. Le passage qui suit est la description des souffrances du personnage principal, Yanko Goorall, un paysan d'Europe de l'Est qui, en route vers les Etats-Unis, fait naufrage au large des côtes britanniques :
Il est dur pour un homme, en vérité, de se retrouver, étranger perdu, impuissant, incompréhensible, d'origine mystérieuse, dans quelque coin obscur de la terre. Et pourtant, parmi tous les aventuriers naufragés dans toutes les régions sauvages du monde, il n'en est pas un, à ce qu'il me semble, qui ait eu à souffrir un destin aussi simplement tragique que l'homme dont je parle, le plus innocent des aventuriers rejetés par la mer.»
- Edward Said, Réflexions sur l’exil
2 NOVEMBRE 2025
«Walter Veit: I myself have played chess in my youth. I went to tournaments, played in local leagues, and so forth. In your book, you introduce what you call "chmess" as a variation of chess, where the king can move two squares in any direction rather than just one. Why did you invent this game?
Daniel C. Dennett: Well, I wanted an example of something that was difficult, intellectually challenging [but also] trivial, that wouldn't be of any great importance. You, as a serious chess player, know that many, many brilliant people have devoted their lives to proving things about chess, exploring all the possibilities, and then disproving other things.
So those are the truths of chess. Well, I invented the game, which I've never played, and never want to play. I don't know if anybody's ever played it. I don't care about it. It's simply a variant of chess that, as far as I know, is not worth thinking about. But there are infinitely many truths of "chmess," and it would be hard work to prove them. And people might even make names for themselves by proving truths of chmess.
But so what? What's it good for? For nothing. It was my way of illustrating one of my favorite obiter dictum, stated by Donald Hebb, the great Canadian psychologist: "If it isn't worth doing, it isn't worth doing well."
I think that's a motto that should be treated with care because we sometimes don't know whether something's worth doing till we try it and get very good at it. Then we may discover it wasn't worth doing.
I'm not calling on a relevance or importance czar or committee to rule which activities aren't worth doing.
Take your chances, blurt it out, and get out there. But just remember that a lot of things aren't worth doing well, and philosophy is a field in which, because of the insecurity of philosophers, if a professor or an esteemed colleague expresses admiration, respect, or even interest in something you do, this can have a disproportionate effect on you. Soon you're sucked doing that because you've been praised and patted on the head.
You've got to worry about that because maybe you and your little coterie of nitpickers are wasting your time on an artifactual puzzle. That's just one of my warnings to young philosophers, try not to get sucked into make-work.»
- Une entrevue où Daniel Dennet est drôle
31 OCTOBRE 2025
«Nous ne travaillons que pour des inflexions. Des années de laboratoire pour une aisance [?] dans la phrase. Car il faut communiquer, et donc consentir à la clarté commune. Le Surréalisme s’épanouit dans Eluard, Char, Aragon, Desnos, Joyce dans Durrell, Genet. Le Nouveau Roman débouche aussi sur une nouvelle nuance. La nécessité du contact doit nous rendre forcenés dans la recherche, ivre pour un «mot nouveau» (ce mot toujours «ancien»), humbles dans l’application de nos trouvailles. Ne jamais perdre de vue que parler n’a de sens que par l’autre. »
- Jean Sénac, dans ses carnets, en date du 31 octobre 1961, 9h
27 OCTOBRE 2025
«quand ils courent vers
leur destin les voyageurs
où vont leurs bagages»
- Célyne Fortin, au coeur de l’instant
25 OCTOBRE 2025
« I love you
[...]
because you keep my feet warm
though my life a mess»
-Nikki Giovanni, extrait de Resignation
23 OCTOBRE 2025
«8h30. 6 rue Clément, hôtel
1.
Il y a au-dedans de moi un grand remue-ménage,
des portes qui claquent, des tapis qu’on tire.
Il y a des habitants qui fuient
entre mes poumons et mon coeur.
Je ne distingue pas leur visage.
Aucun d’eux ne se nomme.
Leur odeur est d’ange, qui n’est rien.
Curieux exode, et plus curieux encore leur bavardage
dont on ne
que le crissement des consonnes l’une contre l’autre,
silex desossé.
2.
Tout le désir du monde s’est usé contre ma gorge.
Voici l’aube.
La parole est sèche et salie.
3.
Adieu.
Sur mes lèvres ton ongle s’est cassé. »
- Jean Sénac, dans ses carnets, en date du 24 octobre 1962
14 OCTOBRE 2025
«And we, too, have the right to love the last days of autumn and ask the grove:
Is there room now for a new autumn so we may lie down like coals?
Like gold, autumn brings its leaves to half-staff.
If only we never said goodbye to the fundamentals
and questioned our fathers when they fled at knife-point.
May poetry and God’s name have mercy on us!
We have the right to warm the nights of beautiful women, and talk about
what might shorted the night of two strangers waiting for North on the compass.
It’s autumn. We have the right to smell autumn’s fragrances
and ask the night for a dream.
Does the dream, like the dreamers themselves, sicken? Autumn. Autumn.
Can a people be born on a guillotine?
We have the right to die any way we wish.
May the earth hide itself away in a blade of wheat!»
- We have the right to love autumn, Mahmoud Darwish, translated, from the Arabic, by Munir Akash and Carolyn Forché
24 SEPTEMBRE 2025
«On ne se donne pas aux oubliettes, on s’y soumet. On pense qu’on n’est pas assez spécial, à se comparer aux mirages. Aux chimères et aux mythes. Il y a de ces gens qui vivent en parure. Qui se proclament de la magie pour ne pas se faire approcher. Être vulnérable c’est forcément se réclamer de l’ordinaire. »
-Imrane Zahrani, Des cancres, des juges
23 SEPTEMBRE 2025
«Isac: 8 juin 2020 à 18:43 / Sur le commissariat
Autre nom du commissaire d'exposition ou du scénographe: «générateur-arbitre» ou «technicien-bénévole » (nom donné au statut de Marcel Duchamp pour sa participation à l'exposition internationale du surréalisme en 1938).
Proposition de ma part: « conteur en exposition» ou « générateur-conteur»?
L'exposition Mangrovité! est un laboratoire de destruction ontologique des a priori de la profession (sur les idées de conservation, commis-sariat, scénographie, présentation d'œuvres, muséographie).
Qu'est-ce que devrait être, pour nous, un-e commissaire d'exposition? Nous enlèverons tout ça, interchangerons et déchouquerons les rôles. Nous ne nous reconnaissons pas dans ces figures. Nous co-écrivons à plusieurs l'exposition. Il n'y aura, pour nous, nul «commissaire», nul «assistant». Tout le monde tout à la fois, simultanément, ou totalement autre chose...»
- Chris Cyrille, L’entretenance dans -Mais le monde est une mangrovité
19 SEPTEMBRE 2025
«chaque virgule
rompt l’intensité malgré
l’allure décisive»
- Célyne Fortin
18 SEPTEMBRE 2025
«La question est aussi «pour qui on peint en algérie ?», ce n’est pas juste «pour qui écrit-on». D’ailleurs, moi quand on me pose cette question, je dis que j’écris pour des femmes comme ma grand-mère, analphabète. »
- Seloua Luste Boulbina, discussion zoom, paraphrase
13 SEPTEMBRE 2025
«[...] Cette comète d’équilibre entre le marbre et le désir
le lieu pur où l’arbre peut élire sa racine et la jeter au ciel
par hommage de plumes.
Nous qui attendions l’amour [...]»
- Une partie d’un poème de Jean Sénac, 1954, en dédicace aux 13 qu’on aimerait être vendredis
12 SEPTEMBRE 2025
« What we just did is let into you, into your space, some emotions, some feelings, some memories, some experiences, that weren’t there before. And the gratitude [the audience] feel is for that, it’s not admiration for your cello playing. Gratitude for letting in to their lives emotions, experiences and memories that they treasure. And that’s what music does. And when we’re not doing that, we’re not doing our job, however well we play.
What happened when you played like that, is that people actually forget about you. They didn’t think about the cello, they think about their life and their experiences, and their memories and their relationships, and the freedom that comes from experiencing deep sadness through music. And it’s not about you at all, isn’t that an amazing discovery? And it frees you, it frees you to be fully available and present to what you’re giving rather than being the wonderful musician and showing how wonderfully you play the cello.»
- Fauré: Elegy (Benjamin Zander - Interpretation Class)
10 SEPTEMBRE 2025
«While I waited
fall came on.
I sat in one
bright interstice
and nothing
filled, it was
already at the brim—
I did not want
the moment to end
then stopped wanting
so I could
be, not yearn,
for however long
low sun determined
I would not go
unimprinted
by the light that came,
knew to come,
intentional
and unconcerned
with being known.»
- intersection de Lia purpura
3 SEPTEMBRE 2025
Rappel quotidien de Robert Creeley sur le post-it chevauchant mon écran d’ordinateur :
«Love comes quietly,
finally, drops
about me, on me,
in the old ways.
What did I know
thinking myself
able to go
alone all the way.»
31 AOÛT 2025
«Dieu, c’est un ami qui m’accompagne»
- Madeleine, la grand-mère de Zélie
29 AOÛT 2025
« What I am trying to share with you is that we are all affected by the domination culture where we lose our self empowerment. The discretion between where to surrender to Allah and where to seek to be better informed and fight back, or respond with love. Life is about responding. Heart responds. The system of domination takes this away from us, and forces us to develop a habit to react to protect ourselves. Yes indeed God does everything, but we can not ignore our own response to every situation. I am also struggling with the fears that this system has installed in me. You are very fortunate to have been raised in a truly Muslim family where you tasted the Love, the love that contains Allah in it.
Do I make sense? Life is your future and your future is an opportunity to grow and learn to develop a stronger inner life. [...] Know what belongs to Allah and what is your own responsibility.
With love and gratitude»
- un message d’un ami, en temps de sables mouvants
25 AOÛT 2025
«Today's tsunami of information sharpens the narrative crisis by throwing us into a maelstrom of actuality.
Information cuts up time. Time is reduced to the narrow track of what is momentarily relevant. It lacks temporal extension. The compulsion to actuality destabilizes our life. The past no longer has any effect in the present. The future is narrowed down; it becomes a stream of constant updates on what is currently relevant. We thus exist without a history, for a narrative is a history. We lose not only the capacity to have experiences, which are condensed time, but also the capacity to construct narratives of the future, which are based on a temporal dispersal. A life that trudges along from one present moment to the next, from one crisis to the next, from one problem to the next, slows to a mere survival. Living is more than just problem solving.
Someone who merely solves problems does not have a future. It is only with narrative that a future opens up, for narrative gives us hope.»
- The crisis of narration, Byung-chul Han
24 AOÛT 2025
«Pour qui n’a plus de patrie, il arrive même que l’écriture devienne le lieu qu’il habite.»
- Edward Said citant Theodor Adorno, Réflexions sur l’exil
«Les migrants, peut-on dire, ont une « science du concret ». Ils bricolent avec ce qu’ils sont, avec d’où ils viennent et où ils vont. La migration en effet montre des trajets compliqués plus que des trajectoires linéaires. Quand on ne se focalise pas sur les lieux, celui du départ, celui de l’arrivée, on se demande par où les migrants passent, on s’interroge sur les espaces qu’ils traversent. On questionne, pour finir, tous ces mouvements incidents qui font le mythe et l’identité, le bricolage et la science du concret. Migrer c’est divaguer, écarter l’obstacle, rebondir. Migrer c’est entrer dans la mobilité, non pas seulement celle qui éloigne d’un lieu pour rapprocher de l’autre, mais celle qui, dans la tête et le corps, dans le symbolique et l’imaginaire, agite, quelquefois pour longtemps, les fantômes du passé. Car c’est plutôt celui pour lequel ce lien est rompu qui y pense, plus que celui qui naît, vit et meurt dans le même environnement familier.
[...]
C’est pourquoi Said rapproche année sabbatique et dissension interne ; c’est pourquoi il apparie voyage, entre-mondes et autodidactie. « J’ai toujours été attiré, dit-il, par les autodidactes têtus, par diverses sortes d’intellectuels en rupture. » En partie, ajoute-t-il, en raison de « l’insouciance de leur point de vue particulier». »
- Seloua Luste Boulbina, La décolonisation des savoirs et ses théories voyageuses
22 AOÛT 2025
«People are, so to speak, captured in their own memories. Strictly speaking, when everything that is experienced can be repeated, remembrance is impossible.
Remembrance is not a mechanical repetition of an earlier experience but a narrative that must be recounted again and again. Memories necessarily have gaps. They presuppose closeness and distance. When all experience is present and distanceless, that is, when it is available, remembrance is impossible. The gapless repetition of past experience is not a narrative but a report or record. To be able to narrate or remember, one must be able to forget or leave out a great deal. The transparency society spells the end of narrative and remembrance. There is no such thing as a transparent narrative. Only information and data are transparent.»
- The crisis of narration, Byung-chul Han
16 AOÛT 2025
«Across the morning sky, all the birds are leaving
How can they know that it’s time to go?
Before the winter fire, I’ll still be dreaming
I do not count the time
Who knows where the time goes?
Who knows where the time goes?
Sad, deserted shore, your fickle friends are leaving
Ah, but then you know that it’s time for them to go
But I will still be here, I have no thought of leaving
For I do not count the time
Who knows where the time goes?
Who knows where the time goes?
But I am not alone as long as my love is near me
And I know it will be so till it’s time to go
All through the winter, until the birds return in spring again
I do not fear the time
Who knows where the time goes?
Who knows where the time goes?»
- Sandy Denny, mais la version de Nina Simone
15 AOÛT 2025
« - what happens when you give readers space to pause ?
- In my ethnographic studies, i’ve shown how readers, both children and adults across Western and Eastern cultures, engage with text. And I’ve also observed that over time they learn to suppress the very breaks that spark imagination. But when given space, they find that the most intriguing reading moments arise, not in fluency, but in the friction and in the tension. So the good news is that attentional sensitivity can be cultivated, and through education, readers can learn to attend to their own rythm and learn to exploit those moments rather than to shut them down. (…) understand reading as this imaginative, rythmic and bodily practice.»
- Entrevue de Sarah Bro Trasmundi pour son livre The Imagination Pulse: From Flickers to Firestorms in Reading
14 AOÛT 2025
«We’re not angry man, we are enraged. You can no longer defer my dream. I’m gonna sing it, dance it, scream it and if need be: I’ll steal it from this very earth!»
- American Saxophonist Archie Shepp
7 AOÛT 2025
«Images show us possibilities. A lot of times, fantasy is what gets us through to reality»
- Mae Jemison
«peuplier faux-tremble
tes feuilles bruissent encore
aux songes du lac
un soleil tâtonne
sur les vagues du désert
espace aveuglant
il n’y aura rien
rien qu’un ciel bleu et du vent
pour taire la peine »
- Célyne Fortin
5 AOÛT 2025
« L’œuvre de Jacques Brault est avant tout une œuvre de la lucidité, comme les œuvres qui s’exercent à l’humilité d’un rapport douloureux au réel sans chercher d’esquives, de faux-fuyants. D’utopie, quelle quelle soit.
Car la mémoire fait s’entrechoquer dans une même image la beauté et la laideur, l’amour et la haine. Celle du four, par exemple, dans Moments fragiles: «et me souviendrai dans les fours on cuisait / le pain les enfants la farine et le sang».
Voilà pourquoi cette poésie qui regarde le monde en face, sans se conter d’histoires, est actuelle, plus que jamais. Et nécessaire. Rien n’est dépassé pour les lecteurs que nous sommes. Ni la recherche d’une contrée habitable, ni l’horreur d’Auschwitz, ni celle d’Hiroshima, ni la mort qui nous attend. Ni la détresse de se vivre, aujourd’hui, seul, séparé des autres. Ni la quête d’une paix, ou plutôt d’un apaisement qui passe par la création : «C’est vrai, il n’y a plus de chemin. Bof! On l’inventera». »
- Louise Dupré, préface de l’anthologie des poèmes de Jacques Brault dans les éditions Le Noroît
3 AOÛT 2025
«L'histoire, mère de la vérité, l'idée est stupéfiante. Ménard, contemporain de William James, ne définit pas l'histoire comme une recherche de la réalité mais comme son origine. La vérité historique, pour lui, n'est pas ce qui s'est passé; c'est ce que nous pensons qui s'est passé.»
- Borges et toutes ses fictions
2 AOÛT 2025
«comme parachutes
encore papillons doux
flottent les samares»
- Célyne Fortin
30 JUILLET 2025
«Conscience de tracteur, entre nous, je te dis que l’œuvre n’est pas sortie avec les vraies dimensions du moule. Tout est resté en moi. Mais je vais travailler dur pour que je puisse influencer par le verbe une, deux, trois, quatre ou cinq générations. Ambition bien sûr. Mais ambition propre. Je ne blague pas, j’ai envie de coincer la Terre entre deux mots, pendant longtemps. Et ça fait rigoler. Parce que le seul mot de la langue qui me séduise c’est devenir.»
- Sony Labou Tansi
28 JUILLET 2025
«Now, anyone who has ever been compelled to think about it—anyone, for example, who has ever been in love---knows that the one face that one can never see is one’s own face. One’s lover—or one’s brother, or one’s enemy—sees the face you wear, and this face can elicit the most extraordinary reactions. We do the things we do and feel what we feel essentially because we must---we are responsible for our actions, but we rarely understand them. It goes without saying, I believe, that if we understood ourselves better, we would damage ourselves less. But the barrier between oneself and one’s knowledge of oneself is high indeed. There are so many things one would rather not know! We become social creatures because we cannot live any other way. But in order to become social, there are a great many other things that we must not become, and we are frightened, all of us, of these forces within us that perpetually menace our precarious security. Yet the forces are there: we cannot will them away. All we can do is learn to live with them. And we cannot leant his unless we are willing to tell the truth about ourselves, and the truth about us is always at variance with what we wish to be. The human effort is to bring these two realities into a relationship resembling reconciliation. The human beings whom we respect the most, after all---and sometimes fear the most—are those who are most deeply involved in this delicate and strenuous effort, for they have the unshakable authority that comes only from having looked on and endured and survived the worst. That nation is healthiest which has the least necessity to distrust or ostracize these people—whom, as I say, honor, once they are gone, because somewhere in our hearts we know that we cannot live without them. »
- The creative process, James Baldwin
20 JUILLET 2025
(...) That “He whom you love is between your ribs; the breaths toss him from side to side.”
- Ibn arabi
8 JUILLET 2025
« If you evade suffering you also evade the chance of joy. Pleasure you may get, or pleasures, but you will not be fulfilled. You will not know what it is to come home… Fulfillment… is a function of time. The search for pleasure is circular, repetitive, atemporal… It has an end. It comes to the end and has to start over. It is not a journey and return, but a closed cycle, a locked room, a cell… The thing about working with time, instead of against it, …is that it is not wasted. Even pain counts.»
- Ursula K. Le Guin
7 JUILLET 2025
« Eh! Que diable! Il faut bien bouillir quelquefois! Dieu nous aurait mis de l’eau dans les veines et non du sang, s’il nous eût voulus toujours et partout imperturbables! » - le Jules et le Vernes et la canicule
5 JUILLET 2025
«Et quel est cet autre prodige : on dirait que s’accumulent des graines de pissenlit sur mon pare-brise ? Il neige. » - Jacques Brault
«Rêver, ça s’apprend » - Daniela, une collègue de classe
28 MAI 2025
«nous reviendrons le temps de mesurer le sautoir des jours et le capot fermé des noms de villes et de pays nous reviendrons la fatigue s'arrêtera où flambent les piédestaux et le pilori au terme des Amériques multiformes nous reviendrons déjà le contraste appelle le jour il est impossible dit un vol d'oiseau que sur toute une mer de tangue ne se pose une seule parole découpée en feux de joie nous reviendrons et le reflet des mâles visages ne sera plus amertume sur les miroirs d'eau douce que désertent nos papillons et se change l'arc-en-ciel en un énorme bras que lèche la flamme du sud et que reconnaît aussitôt notre proue inquiète»
- Raymond Chassagne, dans Mots de passe
19 MAI 2025
ﺲ a partagé un extrait de texte du livre Writing down the bones de Natalie Goldberg et ma tête est entrée dans une spirale de références qui étaient enfouies depuis belle lurette. Kieran Healy, Laurent Binet, Roland Barthes, le transnationalisme, les onomatopées…
12 AVRIL 2025
«Life shrinks or expands according to one’s courage » - Anais Nin
10 AVRIL 2025
Kamal, le frère :
«- Spring has arrived!
- Oh, but you are there already»
9 AVRIL 2025
Une entrevue de Toni Morrison hier. Encore cette idée d’écrire sans le white gaze :
«What I thought was that i would like to write a book that didn’t try to explain everything to white people or take as its point of departure that i was addressing white people, that the audience for it would be somebody like me.»
24 MARS 2025
رَبِّ إِنِّي لِما أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ
20 MARS 2025
Rencontre avec Myriam pour bien vacant. Les mots clés : Mutualisation, dissémination, transmission, diffusion.
15 MARS 2025
Algérie couleurs de Djouhra Abouda au Festival du Film sur l’art !!!!!!!!
L’hypnose du mouvement et de la musique.
Contaminer le processus / Attaquer, renverser les choses attendues
«Ce que tu as oublié, invente le» - Joëlle De La Casinière
barney wilen !!!!!
7 MARS 2025
«Après tout, ce livre n’est fait que de citations, vraies et fausses, avouées ou non, et, comme dirait Wou Tsien Ki : Si quelqu’un t’enlève les mots de la bouche, ne crie pas au voleur, le langage n’appartient à personne – au contraire du silence». - Jacques Brault, Poèmes des quatre côtés --> Il est comique ce Jacques !
4 MARS 2025
Je me souviens d’une entrevue où Bernard Pivot disait que la curiosité était le meilleur remède pour prévenir la vieillesse. Je viens de lire un article que j’ai beaucoup aimé : ici Ça fait écho.
Et puis il y a Suzanne Pressé, mon ancienne patronne, mentore, commissaire et amie, qui disait qu’il « faut rester optimiste, mais pas joviale ». Je suis pas d’accord; les deux se tiennent par la main. Avec ludisme au bout des doigts!
3 MARS 2025
«In the time of your life, live—so that in that good time there shall be no ugliness or death for yourself or for any life your life touches. Seek goodness everywhere, and when it is found, bring it out of its hiding place and let it be free and unashamed.
Place in matter and in flesh the least of the values, for these are the things that hold death and must pass away. Discover in all things that which shines and is beyond corruption. Encourage virtue in whatever heart it may have been driven into secrecy and sorrow by the shame and terror of the world. Ignore the obvious, for it is unworthy of the clear eye and the kindly heart.
Be the inferior of no man, or of any men be superior. Remember that every man is a variation of yourself. No man's guilt is not yours, nor is any man's innocence a thing apart. Despise evil and ungodliness, but not men of ungodliness or evil. These, understand. Have no shame in being kindly and gentle but if the time comes in the time of your life to kill, kill and have no regret.
In the time of your life, live—so that in that wondrous time you shall not add to the misery and sorrow of the world, but shall smile to the infinite delight and mystery of it.»
- William Saroyan, The time of your life
22 FÉVRIER 2025
« I’m often asked if there is something I think writers ought to do, and recently in an interview I heard myself say: “Several things. Love words, agonize over sentences. And pay attention to the world.” Needless to say, no sooner had these perky phrases fallen out of my mouth than I thought of some more recipes for writer’s virtue. For instance: “Be serious.” By which I meant: Never be cynical. And which doesn’t preclude being funny.»
- Susan Sontag
21 FÉVRIER 2025
«Nous sommes dans les flammes de la création, de la génèse et du chaos. Si tu cherches la paix, ne viens pas à nous. Nous ne te donnerons pas ce que tu n’as pas en toi.»
- B. Traven
14 FÉVRIER 2025
Un nouvel ami. Il a dit qu’après un screening de son film, un membre du public est venu lui parlé et lui a dit : «After all, we shouldn’t look for the stories but for the people who carry the stories». Je crois que je seconde.
13 FÉVRIER 2025
«Il y a un truc qui dit : si tu veux faire rire le bon Dieu, parle de tes projets. Dieu rigolera toujours. Donc autant rigoler et s’approcher de Dieu en rigolant.»
-Abderrahmane Ould Mohand
9 FÉVRIER 2025
« Speech connects us so immediately and vitally because it is a physical, bodily process, to begin with. Not a mental or spiritual one, wherever it may end. If you mount two clock pendulums side by side on the wall, they will gradually begin to swing together. They synchronise each other by picking up tiny vibrations they each transmit through the wall. Any two things that oscillate at about the same interval, if they’re physically near each other, will gradually tend to lock in and pulse at exactly the same interval. Things are lazy. It takes less energy to pulse cooperatively than to pulse in opposition. Physicists call this beautiful, economical laziness mutual phase locking, or entrainment.
All living beings are oscillators. We vibrate. Amoeba or human, we pulse, move rhythmically, change rhythmically; we keep time. You can see it in the amoeba under the microscope, vibrating in frequencies on the atomic, the molecular, the subcellular, and the cellular levels. That constant, delicate, complex throbbing is the process of life itself made visible. We huge many-celled creatures have to coordinate millions of different oscillation frequencies, and interactions among frequencies, in our bodies and our environment. Most of the coordination is effected by synchronising the pulses, by getting the beats into a master rhythm, by entrainment. […]
Like the two pendulums, though through more complex processes, two people together can mutually phase-lock. Successful human relationship involves entrainment — getting in sync. If it doesn’t, the relationship is either uncomfortable or disastrous.»
- Ursula K. Le Guin, Telling Is Listening
8 FÉVRIER 2025
«Our revenge will be the laughter of our children» - Bobby Sands
3 FÉVRIER 2025
«L’art comme la science, chacun selon ses voies, tendent à faire une sorte d’utile avec de l’inutile, une sorte de nécessaire avec de l’arbitraire».
2 FÉVRIER 2025
Je paraphrase, mais quelque chose comme «the scale of the body is the scale that makes more sense in how we can think of decoloniality in art» a été dit hier. J’y pense.
24 JANVIER 2025
«…Que de mots éparpillés avant d’aborder le rivage, abordage périlleux, les sables sont mouvants. »
- Habib Tengour
17 JANVIER 2025
Denis Martinez:
«émergence naturelle du sol algérien »
«le mot artiste c’est encombrant»
9 JANVIER 2025
Je viens de quitter la ligne avec un producteur musical. On a parlé d’auto-sabotage, de jugement de soi, de solitude, mais aussi de risques, de confiance, de bienveillance et d’amour de soi (forcément). Il m’a dit «learn how to rest, not to quit». Moi j’ai repensé à lettre de Sol Lewitt à Eva Hesse, qui l’exhorte de simplement faire. Comme Nike.
Et il y a ﺲ qui m’a rassuré : «Le soleil a été salué ce matin (photo à l'appui). Il a pris la route direction ouest et devrait t'être arrivé de l'autre côté. Il se peut qu'il soit derrière quelques stratus (ou peut-être des cumulus), mais reste assurée qu'il est là. En théorie, ça fait 4 543 milliards d'année qu'il prend la même route, il devrait pas pas se perdre.»